Entre ciel et terre - le pouvoir de la musique
menu Introduction Une musique de savoirs et de savoirs-faire Rapidité ou vitesse d'exécution Polyrythmie et polyphonie Une musique médiatrice Une musique entre tradition et modernité Crédits du site
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En Afrique, les instruments de musique sont révélateurs d'une relation particulière qu'entretient l'Homme avec le monde sonore.

Ce dernier s'inscrit dans la foulée d'un certain animisme, dans ce sens que bon nombre de sociétés croient en la présence d'un être transcendant (ancêtre, esprit, divinité) dans la matière vivante, qu'elle soit de nature végétale ou animale. L'homme, l'animal et la musique entretiennent en effet des rapports multiples et complexes depuis des millénaires. Hochets de carapaces animales, sonnailles en sabots, flûtes en os, cordes de crin de cheval, imitations vocales de cris d'animaux, tous ces éléments illustrent bien les liens particuliers de l'homme et de l'animal à travers la musique. La photo ci-dessous prise à Madagascar lors d'une danse traditionnelle du sud de l'île, le tsinzabe, traduit de ce lien particulier de l'homme et de l'animal. Les tsotsobe (sauts avec bras étendus) des danseurs représentent ici les mouvements d'un grand oiseau.

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Groupe Velou'n Androy, Antananarivo, Madagascar.
Source : Monique Desroches, 1999
CD+ Madagascar: Imerina et Antandroy, 2007, Laboratoire de recherche sur le musiques du monde,
Faculté de musique, Université de Montréal

C'est par le corps, autre élément vibrant, du chanteur ou du danseur, que se manifeste la présence symbolique et magique de l'animal alors incarné. Cette philosophie a une incidence sur la conception et la transmission des savoirs et des savoirs-faire musicaux.

Le Bwiti du Gabon : une musique entre ciel et terre

Au Gabon, par exemple, l'arc musical mungongo, agit dans la cérémonie initiatrice du Bwiti comme un cordon ombilical qui permet de mettre au monde, un nouvel adulte. Il est alors joué avec la harpe ngombi, voie d'accès à l'au-delà. Le Bwiti a pris naissance dans les traditions des groupes ethniques Tsogho et Pindji. Quelles que soient les variantes, le Bwiti est basé sur le culte des ancêtres et peut se résumer essentiellement comme une somme de connaissances constituant une théorie du monde dont l'enseignement est secret.

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Arc musical.
Photos : lucbouvrette.com

Au cours des cérémonies, la musique, la danse, les objets sculptés et la mise en scène sont des éléments importants pour l'interprétation et la compréhension du mythe d'origine.

L'arc musical, principe mâle, est en effet le symbole de la parole de l'ancêtre ; il représente le géniteur, alors que la harpe, principe femelle, symbolise le corps d'une femme.

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Harpe ngombi.
Photos : lucbouvrette.com

La harpe ngombi possède huit cordes qui sont le fruit de sa fécondité. Le premier ancêtre, Disumba (la mère), est ici représenté par la tête sculptée. Dans les cérémonies, le chant de la harpe fait comprendre aux initiés le sens profond des récits hermétiques. Elle en est l'interprète et le médiateur. Dans le mythe d'origine, le 'village d'en haut' et le 'village d'en bas' sont reliés par une corde : mungongo et ngombi symbolisent ce lien originel entre le monde spirituel et le monde des hommes, ainsi que le passage de la nature à la culture.

La harpe ngombi est un instrument sacré lorsqu'elle est intégrée au rituel Bwiti mais de nos jours, il existe également un répertoire profane.

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Arc musical
Source : Enregistrement par Monique Desroches à Libreville, Gabon, en 1988.

Le concept de l'art pour l'art, n'a pas préséance dans les sociétés dites traditionnelles, comme il en est de cet extrait vidéo de Madagascar. L'extrait montre une musique sans hauteurs définies, avec des syllabes sans signification. Cette pratique est intimement liée aux cultes des ancêtres. La vidéo qui suit est constitué de syllabes sans signification (chants huchetés) sensées représenter l'âme du défunt que l'on veut honorer, ou encore celle d'un zébu considéré comme sacré à Madagascar.

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Source : Victor Randrianary, sud de Madagascar, 2003
2003, CD+ Madagascar: Imerina et Antandroy, 2007, Laboratoire de recherche sur les musiques du monde,
Faculté de musique, Université de Montréal

Dans la majorité des sociétés de tradition orale, la musique ne peut être appréhendée et comprise sans analyser le contexte dans lequel elle s'inscrit. C'est pourquoi nous préférons dans ce sens parler de cultures musicales.


© Laboratoire d'ethnomusicologie et d'organologie (LEO), Université de Montréal
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